« Elles m’ont dit : si tu refuses, nous, on le fera »
Dans la préfecture de Lélouma, au nord de la Guinée, la tradition de l’excision reste solidement ancrée. C’est dans ce contexte que Fatoumata Binta Diallo, une mère originaire de la préfecture, a pris une décision radicale : fuir pour sauver sa fille, Safiatou, âgée de sept ans.
« J’ai tout quitté, en pleine nuit, avec ma fille dans les bras. Je n’avais plus d’autre choix », confie-t-elle dans une interview exclusive.
Le danger ne venait pas d’inconnus, ni même de sa propre famille, mais de ses belles-sœurs, les sœurs de son mari, qui entendaient faire respecter la tradition coûte que coûte.
Un refus qui divise la famille
Excisée à l’âge de sept ans, Fatoumata garde de cette expérience des souvenirs douloureux : la peur, la douleur, le silence imposé. Dès la naissance de sa fille en 2017, elle s’était jurée de ne jamais lui faire subir la même chose.
Mais dans son village, ce choix est vu comme une trahison. À l’approche du septième anniversaire de Safiatou, les sœurs de son mari ont commencé à exercer une pression insoutenable.
« Elles m’ont dit que ma fille n’était pas ‘propre’, qu’elle serait rejetée par les autres, qu’aucun homme ne voudrait d’elle. Et un jour, elles m’ont prévenue : Si tu refuses, nous, on le fera sans toi. »
Fatoumata tente alors d’alerter son mari. Mais lui, paralysé par la peur du rejet familial, garde le silence. Elle comprend alors qu’elle est seule.
La fuite vers la liberté
En avril 2024, en pleine nuit, Fatoumata prend sa fille, quelques affaires, les papiers d’état civil et quitte le village à pied. Elle rejoint Gongoré, puis prend un taxi-brousse vers Labé, et enfin Conakry.
« J’avais peur qu’on nous rattrape. Mais j’avais plus peur encore qu’on m’arrache ma fille. »
Arrivées à Conakry, mère et fille sont prises en charge par une amie, qui les aide à trouver un hébergement sécurisé. Elles vivent aujourd’hui dans un lieu tenu secret.
« Elles me cherchent toujours. Certaines disent que je suis folle. Mais moi, je sais que j’ai fait ce qu’une mère doit faire. »
Une vie en cachette, mais libre
Elle vit cachée, loin de son village, de son mari, et de sa belle-famille.
« J’ai perdu une partie de ma famille, mais j’ai sauvé ma fille. Et ça, personne ne me l’enlèvera. »
L’appel d’une mère
Face à la recrudescence des cas d’excision en Guinée, Fatoumata lance un appel :
« Le gouvernement doit faire plus que voter des lois. Il doit protéger réellement les mères qui osent dire non. Et j’appelle toutes les femmes à ne pas avoir peur. Même si c’est dur. Même si c’est votre belle-famille. Votre fille a besoin de vous. »
📌 En chiffres (Guinée) :
• 95 % des femmes entre 15 et 49 ans ont été excisées (selon UNICEF, 2023).
• L’excision est illégale depuis 2000, mais reste largement pratiquée, en particulier dans les zones rurales.
• Peu de condamnations sont enregistrées, en raison du poids des traditions et du silence familial.
Par [Abdourahmane BALDE / guinéegalaxie.org]


