Sur les réseaux sociaux, un tribunal parallèle s’est installé, distribuant à tour de bras des cartes de dignité et de trahison.
L’accusation est facile, le procès expéditif et la sentence sans appel : l’insulte, la diffamation, le lynchage en boucle.
Aujourd’hui, il suffit qu’un leader d’opinion (khalife, imam, sage, politique) du Fouta exprime une idée différente, tende une main au dialogue, ou soit simplement approché par le régime en place pour qu’il devienne subitement la cible à abattre. Les mots fusent comme des pierres : traître, indigne, affamé, vendu à l’ennemi. Tout cela, facilement, parce qu’il a osé sortir du moule.
Mais parlons-en de cette lâcheté et de cette hypocrisie soutenue par certains individus : Quand votre leader adulé pactise avec Alpha Condé, main dans la main, après des centaines de morts, des familles endeuillées, des commerçants ruinés, des jeunes handicapés à vie et illustration faite à travers le carré de la cimentière de Bambéto — silence radio.
Quand il courtise Dadis Camara, malgré les charniers du 28 septembre, des centaines de femmes violées et des familles décimées, là, c’est de la haute stratégie politique. Quand il sert pendant 11 ans un régime militaire autoritaire, défendant les abus du koudéisme contre ses propres frères du Fouta, là encore, c’est normal. Malgré toutes ces bêtises, c’est par après venir nous dire non, les époques et les contextes ne sont pas les mêmes et que c’est un homme de Dieu, digne et que les autres sont des indignes… Qui ont trahi la cause, quelle lâcheté !
Mais qu’un autre fils du Fouta, libre dans sa pensée, dans son engagement, prenne une autre voie, le voilà cloué au pilori, jeté en pâture sur les réseaux par une milice virtuelle sans boussole ni vergogne Pourquoi ? Parce qu’il refuse de s’agenouiller devant une ligne politique qu’il juge désormais bancale ? Parce qu’il ne sacrifie pas son avenir sur l’autel d’un parti en manque de perspectives ? Ce culte de la personnalité, cette logique d’exclusion, ces menaces voilées ou ouvertes n’ont rien à voir avec le combat démocratique. Ce sont les armes des fanatiques, des esprits enchaînés.
Le Fouta est grand, ses fils sont multiples et ses diverses voix. Aucun homme, aussi charismatique soit-il, ne peut incarner à lui seul la légitimité politique d’une communauté entière. Nous devons grandir. Apprendre à débattre sans détruire, à diverger sans diffamer.
Refusons que l’engagement politique soit mesuré à l’aune d’un seul parti, d’un seul homme, d’un seul courant, Oui, le Fouta mérite mieux, encourageons la pluralité, la liberté d’opinion, et le respect de tous ses enfants, qu’ils soient pour ou contre un leader. Le vrai fanatisme, c’est de croire qu’un seul homme incarne à lui seul la vérité. Le vrai crime, c’est de museler ceux qui refusent de se soumettre. Et le vrai courage aujourd’hui, c’est d’oser penser librement, sans avoir peur des insultes, des campagnes de diffamation ou des jugements expéditifs.
Poulou Dimoh


